Le 2 mai 1924 : deux mille personnes assistent à Chantilly à l’enterrement d’Antoine Guillaume, mort à bord du Dixmude, un dirigeable de la Marine
Le 2 mai 1924 : deux mille personnes assistent à Chantilly à l’enterrement d’Antoine Guillaume, mort à bord du Dixmude, un dirigeable de la Marine
Figure 1 Le Dixmude au-dessus de la Corse, 18 décembre 1923, coll.particulière
Pour des raisons professionnelles, je parcourais il y a quelques semaines, la presse nationale datant des années 1920. Je cherchais un évènement qui avait eu lieu à Chantilly. Je suis tombée, alors, par hasard, sur la une d’un journal, l’Excelsior, datant du 3 mai 1924. Un titre : « les obsèques du quartier-maître Guillaume du Dixmude à Chantilly ». Un petit encart précisait ceci : deux mille personnes ont assisté hier à la cérémonie. Aussitôt je m’interrogeais : qu’est-ce que le Dixmude ? Qui était cet homme -du nom de Guillaume- pour lequel une foule immense était venue se recueillir à l’Eglise Notre Dame de l’Assomption et est allée jusqu’au cimetière Bourrillon pour le saluer une dernière fois ? J’entamais alors de nouvelles recherches. Un cantilien très attaché à l’histoire locale a publié un bel article dans une revue en 2009 au sujet du Dixmude. André Bergery raconte la destruction du dirigeable de manière très intéressante1. Comme je voulais mesurer l’impact de cet évènement dans les médias de l’époque et dans l’histoire de la ville, je prolongeais mes recherches dans l’étude de la presse nationale, régionale et locale ainsi que dans les archives2.
Le Dixmude était un zeppelin allemand, donné aux Français en 1920, comme dommage de guerre. Il porte ce nom en souvenir des fusiliers-marins morts en défendant la ville belge de Dixmude. Le dix-huit décembre 1923, le dirigeable au record du monde de durée et de distance3, décolle de Cuers, dans le Var. Le lieutenant de vaisseau Jean du Plessis de Grenédan, commande près de 50 personnes. A bord, il y a 40 officiers et militaires et 10 passagers4. Un cantilien appartient à l’équipage, c’est le plus jeune à bord et se nomme Antoine Guillaume. Il n’a que 23 ans. Antoine est quartier-maître radiotélégraphiste, il diffuse donc et reçoit les messages en morse. Il a été trié sur le volet pour appartenir à l’équipage. Ce garçon de Chantilly est monté à bord d’un dirigeable, véritable monstre des airs, gonflé à l’hydrogène. Dans sa ville natale, savait-on qu’il envoyait des messages codés à plus de 2000 mètres d’altitude ? Sans doute que non. Le savait-on à l’intérieur du château de Chantilly, car le père Jean- Baptiste, un des gardiens, parlait peut-être de son fils.
Le 18 décembre, le Dixmude quitte la côte française pour un trajet de 72 heures. Il survole la Méditerranée et atteint le 19 décembre le Sahara, puis il met le cap sur Alger. Mais à partir du 20 décembre, la situation tourne mal. Des vents violents frappent la Méditerranée. Dans la presse, quelques entrefilets apparaissent au sujet des difficultés rencontrées par le Dixmude, mais rien d’inquiétant. Pourtant dans la nuit du 21 décembre, on perdit le contact radio. Antoine Guillaume et son binôme, radiotélégraphiste, se taisent. Plus rien ne provient du dirigeable. Les suppositions se multiplient : le dirigeable a-t-il été frappé par la foudre ? Un incendie s’est-il déclaré à bord ? La presse mondiale et nationale communique des informations mais aucune trace de l’équipage n’est relatée. Dans un premier temps, on espère encore un sort moins tragique au dirigeable. En France et dans le monde, on attend des nouvelles. A Chantilly, la famille d’Antoine Guillaume doit être elle-aussi suspendue aux nouvelles qui tardent.
Le 26 décembre la nouvelle tombe. On a retrouvé des débris et le premier corps d’un des membres de l’équipage. Celui du commandant de bord : le lieutenant Jean du Plessis de Grenédan. Il eut droit à des funérailles nationales médiatisées5. Mais pendant des mois, aucune trace matérielle et humaine ne refit surface. J’ai parcouru les pages des principaux journaux de l’époque : aucune mention d’Antoine Guillaume en décembre 1923 ni les premiers mois de l’année 1924. Pourtant son enterrement a eu lieu le 3 mai à Chantilly. Patiemment, je continuais à chercher. Et là dans un article de La dépêche de l’Aube du 11 avril 1924, je lus ces mots : « le cadavre d’une des victimes du Dixmude identifié : il s’agit de celui du radiotélégraphiste Guillaume ». Figure 3 l'équipage du Dixmude en novembre 1923, l’Illustration du 5 janvier 1924
J'avais enfin de quoi remonter le fil. Le 6 avril sur des côtes siciliennes, Antoine Guillaume a été récupéré par des pêcheurs.
C’est ainsi que je décidais d’écrire sur cet événement qui marqua l’histoire de la marine et de l’armée. Au-delà de la disparition du dirigeable qui coûta la vie à cinquante personnes, un axe m’intéressait particulièrement : la place de l’évènement dans la sphère médiatique du moment (l’année 1924) et à plus long terme dans la mémoire collective (figée à jamais avec la réalisation de mémoriaux, de pose de plaques ou de stèles).
Le Dixmude, le plus grand dirigeable rigide jamais construit à cette époque, objet d’admiration et de fierté nationale
La défaite allemande en 1918 marque aussi la fin des dirigeables militaires Allemands. Les Alliés victorieux exigent un désarmement complet des forces aériennes allemandes et la livraison de tous les aéronefs au titre des réparations de guerre. Le traité de Versailles comporte en effet des articles traitant explicitement des dirigeables. Après la guerre et l’utilisation des zeppelins dans le conflit, les dirigeables connaissent un âge d’or. Les Etats-Unis en construisent. Les Anglais également. Le dirigeable est toujours perçu comme un instrument de combat efficace pour la marine. Les essais, les expériences se multiplient à travers le monde. Quant à la France, le contexte militaire de ce début des années vingt est tendu : il y a l’occupation de la Ruhr par les troupes franco-belges et la guerre du rif au Maroc. Avoir un dirigeable donné par les Allemands en 1920 à titre de dommage de guerre est donc un atout militaire et représente un symbole fort6.
Même si les premiers essais du Dixmude furent retardés pour des raisons mécaniques7, il accomplit six vols sans véritable difficulté. Le Dixmude battit même le record tenu par les Anglais, qui, en 1919, avaient effectué, 7000 km, le trajet Sofia (Bulgarie-Khartoum-Sofia) en 1o1 heures avec un dirigeable de 203 mètres de long et un équipage de 23 personnes8. Si les exploits alternent entre les puissances, les accidents s’enchaînent. Les Anglais, par exemple, perdirent un dirigeable en 1921, le R.38, détruit par une défaillance structurelle alors qu'il était en vol au-dessus de la ville de Hull (au nord-est de l’Angleterre). Il s'est écrasé dans l'estuaire de Humber ce qui entraîna la mort de 44 personnes. Le vol en dirigeable n’est pas sans risque en effet. En février 1922, le dirigeable de l'armée américaine Roma (ex- T34 italien) heurte des lignes électriques en Virginie et prend feu à la suite d'une défaillance du gouvernail, tuant 34 des 45 à bord. Le 17 octobre 1922, le plus grand dirigeable de l'armée américaine, le C-2 prend feu peu de temps après avoir été retiré de son hangar à San Antonio, au Texas. Sept des huit membres d'équipage à bord sont blessés, principalement en sautant de l'engin9.
Le Dixmude mesure plus de 226 mètres de long et a une hauteur de 28 mètres. Il peut atteindre les 6000 mètres d’altitude à une vitesse de 70 km/heure ou même 120 km /heure. C’est une carcasse en duralumin, du métal léger bien que résistant, recouverte de toile caoutchoutée. Onze ballons remplis d’hydrogène se trouvent à l’intérieur. Le dirigeable est propulsé par six moteurs de 260 chevaux chacun. Cet ancien bombardier, démilitarisé, dans lequel les réserves d’essence ont remplacé les bombes, est capable alors de couvrir une distance supérieure à 10 000 kilomètres10. Le passage du zeppelin au-dessus des populations est souvent l’objet de propos admiratifs et de publicités11. Lors de son premier vol, le Dixmude survola les Champs Elysées à Paris12. Des photographies du dirigeable survolant les villes circulent et sont publiées dans la presse. On admire la beauté du « bâtiment » si grand qu’il attire la foule à chaque décollage ou atterrissage. Pourtant en septembre, il y a une première alerte. Une tempête en Méditerranée a perturbé la mission. La liaison entre les radiotélégraphistes et Bizerte a cependant fonctionné. Le zeppelin a dérivé pour échapper à la tempête : il lui a fallu atteindre la vitesse de 126 kilomètres par heure. Malgré cet incident sans conséquence mais fâcheux, aucun signe d’inquiétude du côté de l’armée.
Décembre 1923 : Les journaux du monde entier titrent sur la mission de reconnaissance qui vire à la catastrophe
La mission du Dixmude en ce mois de décembre 1923 a pour but de d’étudier les conditions atmosphériques au- dessus du Sahara. A long terme, la France souhaite la réalisation d’une ligne de chemin de fer entre Alger et le Niger. Ce chemin de fer transsaharien permettrait en autre d’acheminer plus rapidement les troupes vers la métropole13. Le besoin des forces coloniales pendant la Première Guerre mondiale explique cette nécessité du côté de la France de réaliser ces aménagements.
C’est un commandant satisfait des premiers trajets qui repart en vol en décembre. La préparation du vol a été décrite dans les journaux. On installe 19 tonnes d’essence, 2 tonnes d’huile, 2 tonnes de vivres et de matériel. Pour anticiper le vol, les liaisons radiotélégraphiques ont été vérifiées et les renseignements météorologiques bien revus14. Le dirigeable s’envole de Pierrefeu, dans le Var, le 18 décembre 1923 à 6 heures, une fois encore sous les yeux de milliers de personnes. Le passage au-dessus du Var et de la Corse est l’objet de descriptions et de photographies. Le dirigeable survole dans un premier temps la Méditerranée pour rejoindre le Sahara.
Cuers, Bizerte, Sousse, Touggourt, Ouargla, In Salah, retour vers Ouargla, Touggourt, Aumale, Alger, et retour à Cuers : voilà le parcours du Dixmude annoncé partout. Dans la presse, on produit même la carte du parcours. Une photographie du Dixmude volant au-dessus de la Corse a été prise. Son « raid » devait durer 72 heures. Le 20 décembre, à 8 h 30, un message de la TSF envoyé par Antoine Marchand ou son collègue radio, annonce qu’ils se dirigent vers Alger15.
Mais au début de l’après-midi, une terrible tempête secoue la Méditerranée. Au 13 h 30, un signal tempête est envoyé. A 20 h, le Dixmude renonce à faire route vers Alger et annonce qu’il fait cap à l’est. Le zeppelin se laisse dériver. A l’intérieur, on espère être emmené vers le nord-est selon les dépêches envoyées depuis le Dixmude à la Marine. A 2 h du matin, le 21 décembre, le dernier message TSF est envoyé. La dernière dépêche adressée à Alger est la suivante : « Dixmude à amiral à Alger et au commandant à Cuers : Position 100 kilomètres au nord de Touggourt vers Alger par Bousaadâ et Aumale. Vitesse 70 kilomètres. Demande apparence ciel sur In Salah et temps Alger ». L'amiral d'Alger a répondu aussitôt à ce message que « le temps était mauvais sur la côte de l'Afrique du Nord » et a conseillé au Dixmude de rallier la région à 800 kilomètres au sud d'Oran. Mais le Dixmude ne répond plus16. Ils sont au-dessus de la mer. Le radio ne signale ni avarie ni péril ou manque d’essence. Il ne demande pas de secours et ne précise pas sa localisation précise.
Certains prétendent qu’un contact avait été reçu à la station de Medenine le 22 décembre. Mais le scepticisme est rapidement de mise car la tempête a certainement cassé le mat de la transmission ou alors l’équipage l’a rentré pour éviter la foudre. Et si le dirigeable est encore en l’air après la tempête, il n’a de toute façon que 115 heures de réserve de carburant. « On ne sait rien et les espoirs les plus enracinés chancellent »17 lit-on de plus en plus à partir du 25 décembre. Les suppositions noircissent les pages des journaux. A-t-il « échoué » dans le désert ou en pleine mer ? A-t-il pu se mettre à l’abri ? Un commandant de l’aviation en Tunisie évoque la possibilité d’un repli du Dixmude dans un cirque de l’Atlas ou aux confins du nord-ouest de la Libye18.
Mais au 27 décembre, la plupart des journaux affirme que le dirigeable n’est plus dans les airs. Techniquement ce n’est plus possible. Personne n’a signalé par ailleurs les lumières du dirigeable dans la nuit. On imagine alors la possibilité d’un repli au sol. Les calculs tombent. On évalue les chances de survie bien que l’on n’écrive jamais le mot. A bord, il y a des bouées au phosphore, des ceintures de sauvetage et des parachutes. Mais si un atterrissage a été tenté, on évoque la dangerosité de l’action. Sans personnel au sol19 et sans terrain adapté, le risque est très grand. Si l’atterrissage a réussi, on évalue les capacités de réserves : certains parlent de 8 jours de subsistance, d’autres de 14 jours. Les 1500 litres d’eau à bord sont-ils suffisants ? On se rassure en disant que les aéronautes pourront lutter contre la soif pendant quelques jours. On évoque même leur sécurité en citant la liste du matériel militaire à bord (six mousquetons, une mitrailleuse et mille cartouches). Mais après croisement des informations et des témoignages, le dernier message du Dixmude date bien du 21 décembre. Des Siciliens décrivent des fusées de détresse lancées depuis le cap San Marco. Le chef de gare de Sciacca qui se trouvait alors sur la place de la petite localité a remarqué une vive lueur dans la direction de la mer. D'autres employés de la gare et des habitants affirment avoir vu comme deux ballons en feu disparaître dans les vagues. Plus inquiétants, le 27 décembre, des pêcheurs ont récupéré des fils électriques provenant d’un casque d’écouteur de la TSF (celui d’Antoine Marchand peut-être)20.
Dans la presse mondiale, on accorde une place de premier plan à la disparition du dirigeable : on ne laisse aucun doute sur le sort des marins. Le Chicago Herald Tribune, par exemple, titre le 25 décembre 1923 : « Fifty men near death in air" (cinquante hommes près de la mort dans les airs).
Pour retrouver le Dixmude, des moyens humains et matériels importants sont envoyés : des militaires au sol en Tunisie, des torpilleurs, des croiseurs, des patrouilles sur l’eau depuis la Sicile ou la Tunisie, des avions depuis le sol tunisien. Finalement tout s’accélère à partir du 28 décembre : des débris du dirigeable sont retrouvés. La une de l’Excelsior à la date du 29 décembre est consacrée au sort du Dixmude. On publie des gravures, des portraits de passagers. On annonce que le corps d’un homme a été retrouvé le 26 décembre à 16 heures par des pêcheurs au large au large de Sciacca en Sicile, au milieu d’une odeur d’essence et de débris. Ce fut donc fin décembre que le sort de l’aéronef est scellé définitivement. On parle désormais de débris à retrouver, de corps à récupérer. La disparition du Dixmude est synonyme alors de catastrophe dans le monde de l’aéronautique, en ce début du 20ème siècle.
Les disparus du Dixmude : des héros célébrés par la France et l’Italie
L’homme retrouvé est le commandant du Plessis de Grénedan. Le corps du commandant a été rapidement identifié21. Le Quotidien du 29 décembre 1923 annonce la terrible nouvelle. « Le cadavre du commandant du Dixmude est trouvé sur les côtes de la Sicile par des pêcheurs ». La presse française et mondiale rapporte la mort du commandant22. On espère en retrouver d’autres. Le 29 décembre, on lit qu’un radeau avec trois hommes a été vu à la Chebba. On envoie un remorqueur mais dès le 30 décembre, une dénégation est apportée dans la presse23. Pas de radeau, pas de cadavres, pas de survivant en vue. La montre du commandant s’est arrêtée à 2 H 27 soit presque une demi-heure après le dernier message reçu. Grâce aux débris, aux connaissances météorologiques, aux sens des courants marins, le trajet du dirigeable après le 20 décembre est possible. Des cartes sont réalisées. Certains imaginent même que le dirigeable a poursuivi sa route vers l’Afrique. On fait des suppositions : les marins auraient sauté et seul le commandant serait resté à bord pour accompagner la chute du dirigeable tel le capitaine dans le Titanic24.
Le lieutenant Jean du Plessis de Grenédan -érigé en héros quasi immédiatement- jouit donc d’une très bonne réputation25. Il a eu son portrait dans la presse en octobre 1923 quelques mois avant la catastrophe. Il expliquait alors dans le Journal les premières expéditions du Dixmude et s’épanchait sur les capacités du dirigeable et sur son rôle de commandant. Conscient des risques et des faiblesses de l’engin, il était pourtant très optimiste. A la lecture de ses propos (que la presse a fini par appeler « le testament » du lieutenant), on est mal à l’aise26. Le lieutenant n’a pas pu réaliser ce qu’il espérait faire en cas de situation très grave. La terrible tempête a eu raison de l’appareil.
Figure 6 : Le trajet du Dixmude après le 20 décembre 1923 (Le Petit Provençal, 29 décembre 1923)
Ce sont des pêcheurs qui ont retrouvé son corps. L’île italienne rend aussitôt hommage à l’officier tué en mer. Des cérémonies ont eu lieu en grande solennité. De tous les points de la Sicile ont afflué des personnalités civiles et militaires venues rendre hommage à la dépouille du commandant du Dixmude. La population de Sciacca, composée eu majeure partie de pécheurs, a pris le deuil. La caserne, transformée en chapelle ardente, est alors ornée de drapeaux français et italiens27. Le corps du commandant a été ramené à Toulon le 4 janvier. Le vaisseau « le Strasbourg » a conduit la dépouille de Naples jusque Toulon. En Italie, une cérémonie a déjà eu lieu devant une foule importante et sous l’autorité de dignitaires italiens. Une autopsie confirme que cet homme a succombé à l’explosion de l’appareil. Il ne portait pas de gilet de sauvetage lorsqu’il a été découvert. Cela s’est fait donc fait rapidement. Des obsèques nationales sont célébrées à Toulon le 5 janvier 1924. Le ministre, les amiraux, les autorités civiles et militaires, une foule immense, entourent le cercueil. Déjà décoré de l'Ordre national de la Légion d'Honneur en 1920, avec citation à l'Ordre du jour de l'Armée de mer, l’officier est une nouvelle fois honoré28. Son équipage est cité et héroïsé également lors des différents discours. Le ministre de la Marine, Flaminius Raiberti, prononce ces paroles : « Héros du Dixmude, sublimes héros de la mer et du ciel, la mort a pu vous frapper, mais elle n'aura pas réussi à vous vaincre. Votre souvenir et votre exemple nous survolent pour guider la- France à travers les éclats de la foudre et les fureurs de la tempête, vers les régions sereines de la paix, du progrès et de l'avenir ».
Alors que le corps du commandant est rendu à sa famille, des débris sont récupérés encore29. On annonce que le remorqueur Bambara, venant de Sciascia, est arrivé à Toulon, avec de nombreux débris retrouvés sur les lieux du naufrage du Dixmude. La veille un corps très abîmé a été retrouvé. Une description très précise est faite dans le Petit Parisien30. Mais il ne semble pas appartenir à l’équipage. Les recherches se poursuivent avec scaphandriers dans la zone autour de l’épave31. On parle de deux corps32. Dans la presse, on dessine les lieux avec les corps retrouvés. On décrit un homme de 1 m 80, or le quartier-maître Guillaume, mesurait 1 m 59.
Figure 8 : Dessin illustrant les lieux où des corps ont été repêchés, dans le Matin du 4 janvier 1924
Pendant ce temps-là, la cérémonie qui se tient aux Invalides -début février 1924- honore le lieutenant mais tout l’équipage également. Monseigneur Gosselin prend la parole et rappelle que la cérémonie du jour a pour but d’honorer tous les compagnons du commandant : « Les marins [constituent] une unité momie, un corps vivant, dont le capitaine est la tête, l'âme »33. Mais les semaines passent et on ne retrouve pas d’autre compagnon d’infortune. Le 15 février un corps34 est repêché mais l’identification est impossible. Le cadavre porte seulement un caleçon et des chaussettes.
A Chantilly, Jean Baptiste Guillaume, le père d’Antoine Guillaume, ses soeurs et son frère attendent toujours des nouvelles. Comme les familles des 47 autres passagers du Dixmude non retrouvés, ils souhaitent sans aucun doute pouvoir enterrer leur enfant et frère.
Le 6 avril 1924 : Le corps d’Antoine Guillaume est retrouvé. 2000 personnes assistent à ses funérailles à Chantilly en mai.
Il faut attendre le mois d’avril -soit 4 mois après- pour qu’enfin un autre corps soit découvert. Il s’agit celui du benjamin de l’équipage, le quartier-maître35. Son corps a été retrouvé sur les côtes de Sicile à Mazzara, à moins de 200 km des côtes tunisiennes et du nord de l’Afrique. D’après son matricule, on a pu identifier Antoine Guillaume. Sa dépouille se trouvait à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest du lieu où celle du commandant avait repêchée. La nouvelle est relayée dans la presse nationale à partir du 10 avril. Sous les titres, « on a retrouvé le corps d’un marin du Dixmude », « le retour d’un héros du Dixmude », « une victime du Dixmude », « on a identifié le cadavre du quartier-maître Guillaume », les articles expliquent les conditions dans lesquelles le corps d’Antoine Guillaume fut ramené sur terre. Dans l’Excelsior36, on publie le portrait du jeune radiotélégraphiste en uniforme.
Figure 9 : Portrait dans l'Excelsior du 12 avril 1924
Le 6 avril, des pêcheurs de Mazzara, appartenant au bateau « San Giuseppe Maria », découvrent, dans leurs filets, les restes d’un homme coincés au milieu d’objets métalliques. Le corps très abîmé (un seul bras avec une gourmette), vêtu de fragments de drap d’uniforme, est remonté. Sur ce corps, on découvre deux clefs, une lampe électrique, un couteau et quelques autres objets. Paris est alors informée par message télégraphique envoyé depuis le consul de France à Palerme. Le corps du malheureux Guillaume est monté à bord du navire de guerre, le Calais, construit en 1919. La population sicilienne avait placé les restes du corps dans une sépulture provisoire. C’est le début des cérémonies. Les autorités militaires et civiles ainsi que les habitants italiens saluent le marin français37. La découverte du corps de Antoine Guillaume annonce-t-elle celle d’autres corps ? Dans la presse, on envisage cette possibilité. Les militaires venus chercher le corps de Guillaume établissent des points de repère pour aider à la recherche d’autres victimes.
Avant de relater les jours qui ont suivi cette cérémonie et le dépôt du corps sur le navire Le Calais, il faut présenter celui, qui, a 20 ans, a perdu la vie dans ce zeppelin. Ce jeune homme est né à Chantilly le 17 janvier 1903. Il est né au pavillon d’Enghien au château. Son père Jean Baptiste est l’un des gardiens38. Il s’est déclaré comme étranger à la mairie de Chantilly en 1909. Sa mère est Marie Juliette Lebon, belge également, née en 1866. Le couple a quatre enfants : Yvonne, Juliette, Antoine, Gaston. Aux recensements de 1906 et de 1911, ils vivent tous au pavillon d’Enghien39. Mais à celui de 1921, la mère n’apparaît plus. Après vérification, on découvre qu’elle est décédée le 2 mars 1915 à Chantilly. Le père affronta donc seul la perte de leur garçon. Sur le document de recensement de 1921, on lit qu’Antoine est électricien chez un patron ou une entreprise du nom de Sarrette. Deux ans plus tard, il doit effectuer son service militaire. Il appartient en effet à la classe 1923. Sur son livret militaire, on recueille quelques informations. Il mesure 1 m 59, blond aux yeux bleus. Il est indiqué qu’il rejoint le 2eme dépôt équipage de la flotte à Brest. Il se spécialise ensuite dans la radiotélégraphie et suit alors une formation. Jusqu’en 1940, dans les aéronefs, les opérateurs radio doivent se former dans une école avant de pouvoir être admis comme personnel volant de l'Aéronautique navale. Le radiotélégraphiste doit connaître les bases de la radioélectricité, du morse et du code Q40, mais aussi le matériel à bord. La formation était à Rochefort durant la Première Guerre mondiale. Elle est déplacée à Hourtin en Gironde à partir de 1919. Elle dure deux mois. C’est donc un jeune marin avec peu d’expérience qui monte à bord du Dixmude en décembre 1923. Faisait-il partie de l’équipage des précédents vols ? A ce jour, on ne le sait pas. En tous les cas, c’est un garçon qui a sans doute peu bougé jusqu’à l’âge adulte mais qui se déplaça beaucoup les cinq dernières années de sa jeune vie.
Le 24 avril 1924, la presse annonce la cérémonie prévue à Toulon quatre jours plus tard41. Le corps d’Antoine Guillaume est placé sur le navire Le Var, accompagné en autre par deux vice-amiraux, représentant le ministre de la Marine. Fin avril, dans la presse, les articles sur la cérémonie à Toulon en l’honneur du quartier-maître Guillaume sont assez nombreux.
Il y a donc bien un écho national. Dans le Petit Provençal42, on évoque les « imposantes obsèques au quartier-maître Guillaume, une glorieuse victime du Dixmude ». Comme lors de la cérémonie pour le commandant du Dixmude, c’est sur le quai de l’Horloge, qu’est exposé le cercueil du marin, recouvert d’un drapeau tricolore et de couronnes de fleurs. Une cérémonie religieuse se tient à l’Eglise Saint-Louis. L’archevêque prononce des mots à la mémoire du jeune marin43. On y souligne l’importance de la foule composée d’inconnus, de généraux et des délégations militaires, des militaires de Cuers, de corps consulaire, etc. Un discours est prononcé sur la place Albert 1er, au monument pour les morts de 1870, à côté de la fontaine, par le capitaine de vaisseau Laborde, commandant l’aéronautique. La veuve du commandant du Plessis de Grenédan était présente elle-aussi. Vers 11 h 30, le cortège est à la gare de Toulon. Le cercueil part pour Paris. On annonce les obsèques du marin à Chantilly, ville où vit sa famille, précise-t-on.
Ainsi Antoine Guillaume associé aux autres membres du Dixmude est érigé en héros. On ne lit aucune référence à son jeune âge. La presse ne s’épanche pas par ailleurs sur des éléments plus intimes ou personnels. On ne dit rien de sa famille. C’est un cantilien qui va rejoindre sa terre natale. On n’individualise pas le personnage. Il est un marin parmi les 40 autres militaires. Si à Toulon, on insiste sur le fait qu’Antoine Guillaume est un homme disparu comme quarante-neuf autres marins ou passagers, le traitement de sa mort est-il particulier à l’échelle régionale ou locale ? Avait-on personnalisé un peu plus la vie de ce jeune marin dès lors que son corps se rapprochait de sa région natale ? Je m’attendais par ailleurs à ce que l’on parle de lui lorsque fut annoncée mondialement la catastrophe. Je pensais que l’on parlerait du jeune homme dans les journaux les jours précédant l’arrivée de sa dépouille dans la ville de Chantilly. Alors je me plongeais dans les archives et la presse locales. Aux archives départementales, j’ai parcouru les pages du journal à partir des numéros de fin décembre. Rien au sujet du Dixmude. La nouvelle ne semble pas intéresser le quotidien. Début 1924, on annonce la réouverture de la salle de théâtre de la rue du Connétable après travaux, en mars l’UNC (Union Nationale des Combattants) organise un concert pour la caisse des orphelins de guerre au théâtre rénové. Ces premiers mois de l’année 1924 sont consacrés aux élections nationales qui occupent de nombreuses pages. Je suis étonnée. Même la découverte du corps de Antoine Guillaume n’est pas évoquée en avril. Il faut attendre le 11 mai pour lire le seul article dans la presse locale. Ce décalage m’étonne : il y a disproportion entre la place prise par l’évènement à l’échelle mondiale, nationale et dans les presses régionales et celle occupée par ce dernier dans la presse isarienne. On en parle plus à Paris que dans le département alors que deux milles personnes se sont rendues aux obsèques à Chantilly. En effet, début mai, après la traversée de la France, le corps d’Antoine Guillaume arrive à Chantilly.
A l’échelle locale, comment ont été organisées les obsèques du jeune marin ? La lecture d’un premier article suscita une grande surprise. Deux milles personnes présentes pour accueillir le cercueil de l’enfant du pays. En croisant les informations de plusieurs journaux, dans la presse nationale et locale, le chiffre revient à chaque fois. L’évêque de Beauvais, un amiral, un représentant du ministre de la Marine, des matelots, des militaires du 5ème chasseurs de Senlis., assistent à la cérémonie. Cette présence militaire revêt à la cérémonie un caractère solennel et très officiel. Les couleurs nationales furent hissées dans l’église. Les magasins ont fermé leurs devantures. La ville est en deuil.
Dans l’Excelsior du 4 mai 192444, un dessin illustre l’évènement. On y voit le corbillard devant l’église Notre-Dame de l'Assomption, rue du Connétable. Les marins entourent la dépouille. Sur la deuxième image, l’amiral Boissière salue le père d’Antoine. On indique la présence des deux frères à côté, mais Antoine n’avait qu’un seul frère né trois ans après lui. Il s’agit peut-être de son beau-frère, le mari d’Yvonne.
Au cimetière Bourrillon, c’est le maire Omer Vallon qui prononce un discours45. Le maire insiste logiquement sur le lien entre Antoine Guillaume et la ville, mais aussi entre Antoine Guillaume et les hommes morts durant les guerres précédentes. « [Nous sommes ici] devant le corps de notre cher et jeune concitoyen qui reposera auprès de sa mère et de ceux qu'il a aimés, près de ceux qui comme lui sont morts pour la France. J'exprime à Monsieur Guillaume et à ses enfants notre profonde, notre douloureuse sympathie et avec eux les anciens combattants de Chantilly, avec tous ceux qui ont le culte de la Patrie, je salue de tout coeur le jeune et digne serviteur de la France ». Son discours est empreint de références à la guerre. Nous ne sommes effectivement que cinq ans après le plus grand conflit mondial. La ville est marquée encore par la mort de ses enfants (plus de 180 noms inscrits au Monument aux morts de la ville érigée en 1922). La perte du jeune cantilien fait revenir à la surface celle des enfants du pays. La tombe familiale des Guillaume actuellement visible dans le cimetière porte dans sa pierre le drame du Dixmude. Le nom d’Antoine est inscrit évidemment, mais la mention « Mort pour la France, catastrophe du Dixmude » relie à tout jamais le jeune homme au drame national. On peut aussi lire que le deuil a frappé rapidement à nouveau la famille quelques mois plus tard, car le père meurt le 6 novembre 1924 à Chantilly. Il avait 62 ans. Les deux hommes reposent alors dans le caveau familial46.
Pour conclure, il est un fait que la disparition du Dixmude a marqué le monde de l’armée. C’est d’abord un symbole qui disparaît : un zeppelin fabriqué par les Allemands qui est détruit au-dessus de la Méditerranée. La perte de 50 hommes, lors d’une mission, a bouleversé la Marine. La fin d’un monstre des airs a été par conséquent la source de débats politiques à l’assemblée (fallait-il poursuivre l’utilisation de zeppelin en raison des risques encourus ?). Très rapidement, en plus des hommages prononcés lors de discours, ce sont des mémoriaux ou des plaques commémoratives qui furent érigés. En avril 1924, une plaque de marbre a été installée au ministère de la Marine devant les familles des victimes. Il a été décidé d’ancrer dans le paysage la disparition du Dixmude. Dès 1927, une souscription nationale a permis d’ériger un monument aux morts à Pierrefeu dans le Var. Le monument, d’une hauteur de 14 mètres, est construit en granit impérial de Corse et s’élève sur la place Jean Jaurès, d’où il domine la plaine environnante. Son érection a fait la une de nombreux journaux. Lors de l’inauguration le 22 mai 1927 (le lendemain du jour où Charles Lindbergh a relié New-York à Paris en avion), les noms des disparus ont été prononcés devant une foule importante et devant les familles. Le ministre de la Marine, Georges Leygues, a glorifié les disparus. Dans les décennies suivantes, régulièrement, des messes anniversaires ont lieu à l’église Montmartre47 ou dans d’autres lieux comme à Pierrefeu dans le Var, où l’on commémore les disparus en 1926 Le 21 décembre 1926, au centre de l'aérostation maritime, on a mis les drapeaux en berne. Des fleurs avaient été déposées devant la plaquer-rappelant la composition de l’état-major et de l'équipage du dirigeable. Les noms des morts ont été évoqués devant le personnel rassemblé.
En même temps que cette cérémonie avait lieu à Pierrefeu, la municipalité de Toulon avait fait cravater de crêpe les drapeaux arborés sur les édifices publics et déposer des fleurs au pied du monument élevé sur la grande place en mémoire de toutes les victimes glorieuses48. En 1927, à Pierrefeu toujours, un grand monument fut construit. M. Georges Leygues, ministre de la Marine, a inauguré le monument élevé à la mémoire des victimes du Dixmude, en présence des autorités du Var et des familles des victimes. Les enfants des écoles chantèrent un hymne aux morts et les troupes défilèrent49. Au ministère de la Marine, on déposait des gerbes chaque année durant plusieurs années50. Plus tardivement, un monument de taille importante fut construit en Sicile, à Sciacca, en 1964. A chaque cérémonie, les noms des disparus sont prononcés. Celui d’Antoine Guillaume a résonné comme les autres de part et d’autre de la Méditerranée.
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1 André Bergery, Un cantilien victime de la catastrophe du Dixmude, ASCE, Chantilly, 28 novembre 2009
2 Archives municipales de la ville de Chantilly ; Archives départementales à Beauvais.
3 Il a en effet quelques semaines plus tôt battu les Anglais. Le record a eu lieu entre le 25 et le 30 septembre 1923. Le parcours : Alger, Bizerte, Lyon, Paris retour Cuers, a duré 118 heures. C’est le record du monde de durée et record de distance (9000 kms).
4 La composition de l’équipage de l’aéronef : l’état-major : 5 personnes ; les pilotes de dirigeable : 2 ; les arrimeurs : 10 ; les mécaniciens : 21 ; les radios : 2.
5 Le journal l’Excelsior : journal illustré quotidien : informations, littérature, sciences, arts, sports, théâtre, élégances, 5 janvier 1924, Paris, Archives nationales (A15, N4772).
6 Les Allemands en livreront 3 en tout.
7 Le 2 septembre 1921, le dirigeable est regonflé, malheureusement on s'aperçoit que les ballonnets de gaz sont mal isolés. Le Dixmude reste cloué au sol. Le 6 juillet 1923, avec l'obstination de son commandant Jean du Plessis de Grenédan, les ballonnets sont remplacés et le dirigeable effectue plusieurs vols d'essais.
8 Dans l’Excelsior, journal illustré quotidien : informations, littérature, sciences, arts, sports, théâtre, élégances, 18 février 1919, Paris, Archives nationales (A10, N3013).
9 Cet accident a été l'occasion d'annoncer officiellement par l'armée américaine et la marine que l'utilisation de l'hydrogène serait abandonnée le plus rapidement possible. Dans les années 30, il y eut d’autres disparitions de dirigeables. Cette série d’accidents mit fin à la production de dirigeables. Dans le Petit Journal, du 30 décembre 1923, on énumère les différents accidents.
10 Très belle description de l’appareil dans l’ouvrage de Jean-Marie Nicolas, le dirigeable Dixmude (1920-1923), cahier n°44, Ardahan, 88 pages, Paris, novembre 2023.
11 « La Roche-Bernard, jeudi 18 octobre 1923, par un radieux matin d'automne... […] Soudain, dans le ciel, un grondement lointain qui s'amplifie.... Toutes les têtes se lèvent, quand apparaît, venant du côté du Rodoir, un grand dirigeable à moins de 100 mètres de hauteur. Sur son flanc noir, en grande lettres blanches, une inscription : Dixmude et la foule pousse une clameur de surprise et d'admiration ‘‘Le Dixmude, le Dixmude...’’ ». PERIO, Emile, « L'épopée du Dixmude », Le Ruicard, 1979, p. 2.
12 Le premier vol a lieu le 2 août 1923 en direction de la Corse puis, entre le 30 août et le 2 septembre, il réalise un survol d’Alger, de Tunis et de Bizerte avant de rentrer à sa base à Cuers. Le 25 septembre, un nouveau vol d’essai conduit le Dixmude vers Alger, puis Bizerte et Sfax avant de revenir vers Cuers. Face à des conditions idéales, du Plessis le commandant décide de poursuivre vers Bordeaux, puis Paris et même Nice, pour enfin revenir à sa base le 28 septembre soit près de 7 100 km parcourus. En survolant les villes de France comme Rennes, Nantes, Bordeaux, Lyon ou Toulouse, les Français ont pu admirer le Dixmude.
13 Ce projet date des années 1870. Une commission d'étude est nommée par Charles de Freycinet, ministre des Travaux publics. Le lieutenant-colonel Paul Flatters mène une première mission d'exploration dans le Sahara en 1880, suivie d'une seconde au cours de laquelle il tombe, le 16 février 1881, dans une embuscade tendue par des Touaregs, où il périt avec son équipe. En 1911, le sénateur André Berthelot organise une nouvelle mission. En 1923, le conseil de la Défense nationale émet un avis favorable sur la question. Cinq ans plus tard, une loi acte la création d’un « Office du Transsaharien » qui adopte un tracé définitif. Cependant la crise économique des années trente ajourne le projet.
14 Le Petit Journal, 28 décembre 1923, Paris, numéro 22261.
15 L’Ouest-Eclair, 31 décembre 1923, Rennes, numéro 8143.
16 Le Petit Journal, 28 décembre 1923, numéro 22261.
17 Idem 18 L’Ouest éclair, le 27 décembre 1923, Rennes, numéro 8139
19 Pour un tel engin, il faut 300 hommes pour le retenir au sol.
20 Les premières pages du journal L’Echo d’Alger entre les 26 et 31 décembre 1923, Alger, archives A12, N5192 à 196 (Gallica)
21 Le commandant portait l'uniforme des officiers de l'aviation française, sur lequel est brodé l'aigle doré. Il portait à sa main gauche une alliance. On a trouvé sur lui des clichés photographiques non encore développés, une montre en métal noir avec une chaîne en or, arrêtée à 2 heures 30. Cette heure correspond à l'heure à laquelle le dirigeable aurait explosé. On a retrouvé également sur l'officier d'autres objets qui ont permis d'établir son identité dont un portefeuille en cuir noir avec une pièce d'identité. Enfin une image de Saint Christophe et une prière de Saint François de Sales et des photographies de ses deux enfants. La femme du commandant attendait alors un troisième enfant. L’Excelsior, 29 décembre 1923, Paris, A14, N4765.
22 Par exemple, le journal Imperial Valley Press de la Californie publie un article le 28 décembre 1923 concernant le Dixmude : « Dixmude captain drowned in sea : body of victim recovered off coast of sicily—the body of captain du Plessis de Grenédan, commander of the ill-fated french naval dirigible Dixmude, was found by fishermen in the mediterranean sea off the coast of sicily, it was officially announced today ». 23 La Dépêche de Toulouse, 1er janvier 1924, p 3, Toulouse, A55, N20156.
24 « A l'heure actuelle, les recherches sont restées infructueuses et l'on se demande si le Dixmude, désemparé n'aurait pas continué sa route. Le commandant, voyant son dirigeable en danger, aura donné l'ordre à l'équipage de quitter le bord. Les passagers ont dû quitter le « Dixmude » les uns après les autres. Le commandant sera resté le dernier à bord. Voyant l'aéronef définitivement perdu, l'a-t-il quitté à son tour, l'abandonnant à sa course effrénée ? Ou bien l'aéronef s'est-il abîmé dans les flots ? » La Presse, 28 décembre 1923, Paris, numéro 3248.
25 André Bergery, Un cantilien victime de la catastrophe du Dixmude, ASCE, Chantilly, 28 novembre 2009
26 Le Journal, 8 janvier 1924, Paris, p 1, N11405. Propos du commandant du Plessis : « le Dixmude peut se tirer d'affaire par tous les temps à peu près maniables. Mais, par gros temps ou tempête, son principal ennemi : c'est la mer. D'abord, il devient très difficile d'observer les phares. Ensuite, le moindre contact, obligatoire avec les vagues nous détruirait sans laisser de trace […] Si donc je trouve du gros temps en Méditerranée, et que j'aie quelque chance de rejoindre Cuers, - je n'hésiterai pas à rallier mon port d'attache. Mais si je suis pincé en Afrique du Nord, avec barrage atmosphérique infranchissable, je ne gaspillerai pas mon essence à lutter contre l'impossible. Je fuirai devant l'ouragan. Je dépasserai, vers le Sud, les chaînes de l'Atlas et les hauts plateaux. J'irai chercher le désert, à partir de la ligne Touggourt-In Salah-Colomb-Béchar, même s’il n’y a personne pour me recevoir. Mais en cas de descente forcée, je préfère le sable à la mer démontée. Même si le Dixmude est détruit, je pourrai sauver tout ou partie du personnel. Avec nos biscuits de réserve et l'eau de nos ballasts, nous pourrons rejoindre, tant bien que mal, le premier poste français. A moins qu'une cheminée ne me tombe sur la tête, rappelez-vous que je trouverai le moyen de m'en sortir, car j'ai prévu les manoeuvres que je tenterai ».
27 L’Ouest-Eclair, le 31 décembre 1923, Rennes, numéro 8143.
28 Le Petit Parisien, 6 janvier 1924, Paris, Numéro 17113 : « Officier d'élite, technicien consommé, communiquant à tous son esprit de devoir, ses qualités d'audace réfléchie, son ardeur courageuse et son mépris du danger. Depuis trois ans, avait fait preuve à un haut degré des plus belles qualités militaires dans le commandement du dirigeable Dixmude, sur lequel il est mort glorieusement à son poste de devoir."
29 Le Petit Parisien, le 10 janvier 1924, Paris, numéro 17117
30 Le Petit Parisien, 13 janvier 1924, Paris, numéro 17120
31 Le Petit Provençal, 5 janvier 1924, Marseille, numéro 17180 32 Dans le Matin, 4 janvier 1924, p 1, Paris, numéro 12734. « Deux corps auraient été retrouvés ».
33 Le Petit Parisien, le 20 janvier 1924, Paris, numéro 17127
34 Le Nouvelliste de Bretagne, 16 février 1924, Rennes, p 1, Retronews
35 Sa fiche : membre de l'équipage du Dixmude mort en service aérien commandé, en mer au large du port de Sciacca en Sicile le 21 12 1923, cité à l'ordre de l'armée de mer, médaillé militaire à titre posthume. (Source ARDHAN).
36 L’Excelsior, 12 avril 1924, Paris, p 3, A15, N4870.
37 Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 19 avril 1924, Saint-Etienne, p 2, numéro A80, N110 ; Le Phare de la Loire, 18 avril 1924, p 1, Nantes, numéro 34076
38 Il est né en 1862 à Le Tillet en Belgique.
39 Recensement de 1906, archives départementales de l’Oise, 6 Mp 163.
40 C'est un ensemble de codes de trois lettres, au sens bien précis, utilisé par les opérateurs radio. Il a été développé en 1912 afin de faciliter les communications, à cette époque essentiellement en morse, entre les opérateurs en mer de différentes nationalités.
41 Le Petit Courrier, 24 avril 1924, Angers, numéro 115.
42 Le Petit Provençal, 29 avril 1924, p 2, Marseille, numéro 17145
43 « 0 mon Dieu, entendez l'ardente prière que nous vous adressons du fond de l'âme : Accordez â votre serviteur Guillaume, et à ses camarades du Dixmude le repos éternel promis aux martyrs du devoir accepté chrétiennement, et mérité par une mort tragique au service de notre Patrie bien aimée ». L’Action française, 29 avril 1924.
44 L’Excelsior, 4 mai 1924, p 6, Paris, A15,N4892
45 La Lanterne, le 3 mai 1924, p 2, Paris, numéro 17077 ; Le Figaro, le 3 mai 1924, p 2, Paris, numéro 124
46 Gaston le frère se marie en 1931 à Chantilly. Il meurt en 1937 à Paris. Yvonne meurt en 1976 à Creil. Marie meurt en 1984 à Chantilly. 47 Le Petit Parisien, 15 décembre 1932, p 9, Paris, numéro 20379
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